La Ballade du Fan Fantôme : Le Spectacle du Quatrième Mur
Le Spectacle du Quatrième Mur
Arthur 'Mélancolie' Tremblay était un auteur-compositeur-interprète dont le talent était inversement proportionnel à la taille de son public. Ce soir-là, il jouait au "Chien Assis", un bar si calme qu'on pouvait entendre les pensées de la clientèle. Le lieu était rempli de gens, comme vous pouvez le voir sur l'image, mais ils étaient tous plongés dans un état de sérénité hypnotique. Ils buvaient lentement, hochaient la tête très légèrement au rythme de la musique, mais aucun n'applaudissait. Jamais.
Arthur, au centre de la petite scène illuminée, chantait sa plus récente œuvre, "La Solitude d'une Chaussette Déparée". Il était bon. Vraiment bon. Mais il y avait un problème, un problème qui rendait sa vie totalement absurde : le Quatrième Mur.
Le Quatrième Mur du bar n'était pas un mur physique. C'était un mur sonore. Dès qu'Arthur jouait une note, le son se déplaçait dans la pièce, il touchait tous les clients, mais il refusait obstinément d'atteindre le Quatrième Mur invisible, le mur où le public était censé réagir.
Un soir, Arthur, désespéré d'entendre ne serait-ce qu'un petit clic de verre pour l'encourager, a décidé d'arrêter de chanter. Il a simplement posé sa guitare, est descendu de scène, et s'est assis à une table.
— Dites, mes amis, demanda-t-il poliment à un groupe d'hommes absorbés par leurs bières. Est-ce que vous aimez ma musique ?
Le public ne bougea pas. Ils le regardèrent tous en même temps, avec des yeux vides mais souriants, puis ils reprirent leur respiration lente et régulière.
— C'est très bien, Arthur, répondit une voix.
Ce n'était pas une personne. C'était la caisse enregistreuse du bar.
Arthur se tourna vers le comptoir. La caisse, un vieux modèle en laiton, répéta :
— Ta ballade sur le poisson rouge perdu était un peu plus... triste. Celle-ci est trop joyeuse.
Arthur réalisa l'horreur de son existence : son public n'était pas composé d'humains, mais des objets inanimés du bar qui avaient absorbé les émotions de tous les clients passés. Les humains n'étaient que des coquilles vides, des spectateurs figurants.
Arthur remonta sur scène et reprit sa guitare. Il chanta une nouvelle chanson, une histoire de clés perdues. Le ventilateur de plafond se mit à tourner plus vite, le lustre émit un petit tintement d'approbation, et la caisse enregistreuse fit un "clic" retentissant.
Depuis ce jour, Arthur ne chante plus pour les gens, mais pour les choses. C'est plus exigeant, mais au moins, il a de vrais retours.

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