La Douche Héroïque du Linéaire 3

La Douche Héroïque du Linéaire 3

C'était un après-midi de canicule dans le supermarché "Chez Gontrand, le Roi du Rabais". La climatisation, déjà faible, semblait avoir pris un jour de congé sans préavis. Mon ami Kevin et moi, suant au milieu du rayon des produits en conserve, étions en train de débattre du mérite comparé des haricots verts en boîte.
— On grille, mec. On est en train de rôtir ici, a gémi Kevin, l'air de rien. S'il pouvait juste y avoir une douche...
C'est là que j'ai levé les yeux. Au-dessus de la tête de Kevin, juste au-dessus des boîtes de thon, un tuyau du plafond, d'un gris terne et d'un air fatigué, commençait à se détacher. Il pendait, menaçant, comme un stalactite de plomberie.
— Regarde, Kevin, ai-je dit, pointant du doigt. Ton vœu pourrait bien être exaucé. Ça serait le fun, des jeux d'eau !
On a ri, imaginant le déluge, la panique, le chaos. L'absurdité de la situation nous a fait oublier la chaleur. Mais la vie, à Gontrand, est toujours plus dramatique que l'imagination.
Soudain, avec un gémissement plaintif de métal fatigué, le tuyau s'est détaché complètement. Sauf qu'au lieu d'un déluge, ce n'était pas de l'eau qui s'en est échappée. C'était un jet puissant de jus de cornichons aigres.
Le jet, sous pression, a traversé le rayon, arrosant tout sur son passage. Un homme en complet-cravate, absorbé par le prix des céréales, a été baptisé d'un jet verdâtre et odorant. Une petite vieille dame, hésitant entre deux marques de moutarde, a reçu une pluie fine de saumure sur sa coiffure impeccable.
Le magasin, qui était silencieux et lourd de chaleur, a éclaté dans une panique aromatisée au vinaigre. Les gens couraient, se couvrant la tête, glissant sur le sol soudainement gluant.
Kevin et moi, au lieu de courir, on a fait le truc le plus absurde possible. On a attrapé des boîtes de conserves et on a commencé à essayer de dévier le jet pour faire un arc-en-ciel au-dessus du rayon des sauces.
— VITE ! Le jeu d'eau ! a hurlé Kevin, hilare, en tenant une boîte de pois chiches au-dessus du jet.
— ON DIRAIT UN ORAGE DE VINAIGRE ! ai-je crié en riant.
L'alarme a retenti, mais personne n'y a prêté attention. Tout le monde, y compris le gérant du magasin, était trop occupé à s'essuyer le visage et à crier.
Finalement, un employé a réussi à couper l'arrivée d'eau. Le silence est retombé, lourd et piquant. Le sol était un étang vert marron, et l'air sentait le buffet de charcuterie fermenté.
Le gérant nous a regardés, le visage mouillé de cornichons et de fureur. Il n'a pas pu nous punir. Il était trop occupé à contempler l'étendue des dégâts.
Depuis ce jour, on évite le rayon des conserves. On prend toujours les escaliers. Et surtout, Kevin n'ose plus jamais faire de vœux à voix haute au magasin.

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