La Légende du "Soufflet Furtif" : Le Train 1887

La Légende du "Soufflet Furtif" : Le Train 1887

Au fond de la vallée oubliée de Grincement-les-Bois, là où les aiguillages rouillent plus vite que les chaussettes au soleil, court une légende qui fait frissonner les cheminots et rire les mouettes (qui, apparemment, ont un sens de l'humour très développé). C'est l'histoire du Train 1887, ou, comme les locaux l'appellent, "Le Soufflet Furtif".

On dit que ce train fantôme n'apparaît qu'une fois par an, le 29 février (oui, uniquement les années bissextiles, ce qui complique les choses pour le suivi). Mais ce n'est pas sa rareté qui le rend légendaire. C'est sa mission.

Le Train 1887 n'est pas là pour transporter des passagers ou des marchandises. Non. Il est là pour collecter les soupirs inachevés.

Selon la légende, chaque fois que quelqu'un retient un soupir (par politesse, par résignation, ou parce qu'il a avalé de travers), ce soupir ne disparaît pas. Il flotte dans l'air, invisible, attendant d'être recueilli. Et c'est là que le Train 1887 entre en jeu.

Son conducteur, un spectre barbu nommé Eustache (qui, de son vivant, était un expert en silence radio), parcourt les rails désaffectés avec son vieux convoi à vapeur. Sa locomotive, étrangement silencieuse pour un train, émet une sorte de bourdonnement doux, comme un gigantesque aspirateur à tristesse.

Quand le train passe, on ne voit rien d'abord. Mais si tu es attentif, et que tu as un soupir en suspens, tu verras peut-être une fine brume bleutée s'élever du sol et être aspirée par les fenêtres ouvertes des wagons. Ces wagons ne sont pas remplis de bancs, mais de gigantesques jarres en verre, étiquetées avec des dates et des émotions : "Soupir du Lundi Matin - 1987", "Soupir du Gâteau Brûlé - 2003", "Soupir de l'Amour Perdu (après 17h) - 1999".

La légende raconte que si le Train 1887 ne parvient pas à collecter suffisamment de soupirs inachevés, le monde entier se verra affligé d'une épidémie de bâillements incontrôlables, transformant chaque conversation en un concours de béances buccales.

Un jour, un jeune sceptique nommé Kevin a essayé de défier le train. Il a passé toute une journée à retenir volontairement tous ses soupirs. Le 29 février suivant, il a vu le Train 1887 passer. Et au lieu de soupirs, le train a aspiré... sa collection entière de chaussettes dépareillées, le laissant avec un seul, solitaire, mais parfaitement assorti, en guise d'avertissement.

Depuis, on dit qu'il est toujours préférable de laisser échapper un bon soupir de temps en temps. Non seulement c'est bon pour l'âme, mais ça évite aussi au Train 1887 de faire des razzias dans nos tiroirs à chaussettes.



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