La Loi de l'Immuable Kermit
La Loi de l'Immuable Kermit
Constantin, un homme d’une rigueur légendaire, avait une maxime : "Le travail, c'est l'art d'éviter que le patron ne te voie assis." Mais la vie de Constantin était régie par une loi cosmique plus puissante que sa volonté : la Loi de l'Immuable Kermit.
Cette loi stipulait que, peu importe l'intensité de son labeur, l'instant précis où son postérieur touchait une surface de repos coïncidait avec l'arrivée spectaculaire de son supérieur, Monsieur Gobe-Mouche.
Ce jour-là, Constantin (qui ressemblait étrangement à une grenouille) s'était surpassé. Il avait empilé trois mille briques en une heure, sans pause, sans plainte, sans même une petite goutte de sueur (les grenouilles sont notoirement efficaces pour la thermorégulation). Ses muscles, faits de mousse et de fil de fer, hurlaient pour une minute de répit.
Il repéra une brique de béton, fraîchement démoulée, la posa délicatement et s'y assit. Il n'avait pas encore eu le temps de soupirer de soulagement, pas même une microseconde, que l'air se déchira.
Monsieur Gobe-Mouche, un homme si exubérant qu'il avait besoin de trois personnes pour lui tenir son chapeau, atterrit en tyrolienne depuis le toit de l'entrepôt. Non, ce n'est pas une blague. Il ne marchait jamais ; il arrivait par des moyens de transport absurdes et théâtraux.
Il s'immobilisa juste devant Constantin, les bras croisés, sa tyrolienne toujours accrochée à sa taille.
— Constantin ! tonna Gobe-Mouche, le menton pointé vers la brique. Je vois que vous prenez VOS AISES !
Constantin ouvrit la bouche pour expliquer les 3 000 briques, la tyrolienne, le besoin vital de ne pas s'effondrer. Mais Gobe-Mouche ne le laissa pas parler.
— Saviez-vous, mon ami, que le succès n'attend pas les gens assis ? Reprenez cette brique, Constantin, et empilez-la ! C'est le SEUL moment où une brique doit être utilisée !
Constantin, vaincu par la logique imparable de l'absurde, se leva, prit la brique et l'empila. Il savait qu'il était condamné. Il passerait sa vie à travailler sans jamais s'asseoir, à moins qu'il ne trouve un moyen de faire croire à Gobe-Mouche qu'il était en train de travailler le fait de s'asseoir.
La légende raconte qu'il a depuis inventé un système où il est assis sur un seau qui sert aussi de mélangeur à ciment. C'est du travail, donc ça ne compte pas.
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