Le Bus en Folie et la Règle des Éléphants
Le Bus en Folie et la Règle des Éléphants
Mme Lucette était une habituée de la ligne 12 du bus, un trajet qui la menait de son petit appartement jusqu'au marché. C'était un voyage paisible et prévisible, la même route, les mêmes visages... jusqu'à aujourd'hui. Ce matin-là, le chauffeur, au lieu de sa musique classique habituelle, avait mis une bande sonore de jungle. Des cris de singes résonnaient dans le bus et l'air sentait la banane. Mme Lucette haussa un sourcil. Le voyage en folie allait commencer.
Le premier signe d'anomalie fut l'arrivée de M. Robert, un homme qui portait toujours un chapeau de feutre gris. Mais aujourd'hui, il portait non seulement son chapeau, mais aussi un costume de plongée et des palmes aux pieds. Il avança d'un pas maladroit, s'asseyant en face de Mme Lucette. « On n'est jamais trop préparé, » marmonna-t-il, un air sérieux sur le visage.
Quelques arrêts plus tard, la porte du bus s'ouvrit pour laisser entrer M. Gérard, un homme qui était habituellement un poème de normalité. Mais ce jour-là, M. Gérard entra dans le bus en marchant sur ses mains, les pieds en l'air. Le bus trembla légèrement à chaque pas inversé. Il arriva ainsi jusqu'à son siège habituel, s'y installa à l'envers, et sortit un journal pour le lire. Il ne dit rien. Les autres passagers, déjà habitués aux bizarreries du bus en folie, firent semblant de ne rien remarquer.
Le point culminant de l'absurdité survint à l'arrêt suivant. Une femme vêtue d'une toge et d'une couronne de laurier entra dans le bus. Elle tenait une pancarte sur laquelle était écrit en grosses lettres rouges : « L'AUTOBUS N'ACCEPTE PAS LES ÉLÉPHANTS ! » Elle marcha jusqu'au chauffeur, lui montra la pancarte d'un air grave, puis s'assit. Le chauffeur, qui était en train de mâcher une banane, lui fit un signe de tête de compréhension.
Mme Lucette, qui avait vu des choses étranges dans ce bus, fut dépassée. Un homme en costume de plongée, un autre qui marche sur les mains, et une femme qui a une règle pour des éléphants. C'était trop. Elle regarda autour d'elle, cherchant un regard de complicité. Mais tout le monde était plongé dans son propre monde de folie. Le voyage se poursuivit, avec les cris de singes, l'odeur de banane, et la nouvelle règle des éléphants qui, étrangement, ne semblait déranger personne.
Mme Lucette réalisa que ce n'était pas un simple bus. C'était un théâtre de l'absurde, un endroit où les règles du monde extérieur ne s'appliquaient plus. Elle soupira, et sourit.
Finalement, elle sortit un petit biscuit de son sac et le tendit à M. Robert en costume de plongée. Il lui fit un signe de tête, et la vie dans le bus en folie continua. C'était un voyage où l'on pouvait s'attendre à tout.
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