Le Marin et l'Urgence
Le Marin et l'Urgence
Le Capitaine Bernard était un homme d'habitude, de discipline et de courage. Ancien de la marine, il respectait l'ordre et la hiérarchie. Il aimait ses rayures bleues et blanches, sa casquette impeccablement propre et le bruit du pont sous ses pieds. Mais il y avait une force de la nature, une urgence qu'aucune carte marine ne pouvait prévoir, qu'aucun bateau ne pouvait éviter.
Ce matin-là, le Capitaine Bernard avait fait l'erreur fatale de manger un ragoût de pois chiches. Il avait été averti par son ami, le sous-marinier Paul, que "les pois chiches sont une tempête intestinale garantie, Bernard !". Mais le Capitaine, fier et têtu, avait ri en disant que "les vrais marins peuvent gérer n'importe quoi".
Il avait tort.
À peine quelques heures plus tard, une vague de douleur l'avait frappé. Pas une petite vague, mais un tsunami, une vague de fond qui menaçait de tout emporter sur son passage. Son visage devint vert, son cœur battait à tout rompre. Il se tenait à l'entrée du couloir, scrutant l'horizon. Et là, tel un phare dans la tempête, il vit la chose la plus belle qu'il ait jamais vue : une toilette, solitaire et majestueuse, au bout du couloir.
Sans perdre une seconde, il cria sa devise de combat : « À la sauce Capitaine ! » C'était son cri de guerre pour les situations les plus désespérées, un terme que lui seul comprenait. Il signifiait "pleine puissance, toutes voiles dehors, pas de quartier !".
Il courut, son petit corps balançant de gauche à droite, ses bras agitant l'air dans une lutte désespérée contre l'imminence de la catastrophe. Chaque pas était un risque, chaque seconde une éternité. Les murs du couloir semblaient s'éloigner, la porte de la salle de bain semblait être une illusion lointaine. Le Capitaine, qui avait commandé des navires de guerre, affronté des tempêtes tropicales et des pirates, était maintenant engagé dans la bataille la plus intime et la plus cruciale de sa vie.
Son honneur, sa dignité, tout était en jeu. Le sort du monde, ou du moins celui de son pantalon, reposait sur cette course. Il devait atteindre cette toilette, à tout prix. C'était la loi de la mer, la loi de la survie. Et le Capitaine, plus que tout, était un homme qui obéissait à la loi.
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