Le Silence Assourdissant du Flattuliste Accidentel

Le Silence Assourdissant du Flattuliste Accidentel

La salle de spectacle était plongée dans une obscurité veloutée, l'air chargé de l'anticipation d'un grand moment. Jean-Pierre, pourtant, ne ressentait que l'anticipation d'un petit moment : celui où le siège, ce vieux camarade grinçant des théâtres d'antan, cesserait enfin de le menacer d'une implosion soudaine. Il s'était glissé sur sa place au troisième rang, juste à temps, le cœur battant non pas pour l'opéra qui allait commencer, mais pour l'intégrité structurelle de son postérieur.

Le chef d'orchestre leva sa baguette, un silence religieux tomba. C'est à ce moment précis, à l'apogée de la tension dramatique avant la première note, que le siège de Jean-Pierre décida de rendre l'âme. Non pas en silence, non. Il émit un CRAAAACCCC retentissant, long, grave, suivi d'une série de petits couinements lamentables, comme un animal agonisant.

Jean-Pierre sentit son âme quitter son corps, faire un tour de la salle, puis revenir pour s'écraser lourdement. Et ce n'était pas le pire. Le pire, c'est que le son, d'une tonalité étrangement familière, fut instantanément interprété par l'ensemble du public.

Toutes les têtes, sans exception, pivotèrent dans sa direction. Les yeux, au début brillants d'attente pour la musique, étaient maintenant ronds de surprise, puis plissés d'un mélange de dégoût et de réprobation. Un murmure commença à se propager, un mot chuchoté de bouche en bouche comme une contagion : "Prout... prout... prout..."

Le chef d'orchestre, la baguette toujours levée, resta figé, son regard se posant sur Jean-Pierre avec une intensité qui aurait pu faire fondre l'acier. On aurait dit qu'il attendait une ovation pour son "interruption musicale inattendue".

Jean-Pierre, rouge comme une pivoine, tenta de bredouiller une explication. "C'est... c'est la chaise ! Elle... elle a fait un bruit !" Mais sa voix ne fut qu'un filet sonore, noyé par les chuchotements et quelques rires étouffés.

Une dame âgée, assise juste devant lui, se tourna lentement, lui lança un regard assassin et sortit un petit éventail parfumé de son sac, qu'elle agita furieusement devant son nez.

L'opéra commença finalement, mais pour Jean-Pierre, la soirée était terminée. Chaque note semblait résonner avec le souvenir de son "exploit". Il passa le reste du spectacle à essayer de se faire tout petit, rêvant du moment où il pourrait s'échapper, sans laisser de... traces.

Depuis ce jour, Jean-Pierre ne va plus au théâtre sans une petite bouteille de désodorisant et une trousse à outils pour réparer les sièges. Juste au cas où.



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