Le Tournoi du Mycélium Magique

Le Tournoi du Mycélium Magique

Bernard, un golfeur dont le pantalon écossais était toujours plus impeccable que son jeu, se retrouva un matin d'été devant le plus étrange terrain de golf qu'il n'ait jamais vu : "Le Domaine du Mycélium Magique". L'air était teinté de rose et d'orange par un soleil levant improbable, et le terrain était parsemé de milliers de champignons roses fluorescents, certains géants, d'autres minuscules, qui reflétaient le ciel comme des boules à facettes organiques. Au centre, un petit étang miroitait, orange lui aussi.

« Incroyable... » murmura Bernard, oubliant presque qu'il devait jouer. Son caddie, une chèvre naine nommée Jeannette qui portait un petit chapeau de paille, bêla d'un air dubitatif.

Le premier trou était un par 3. Bernard prit son driver, mais avant qu'il ne puisse frapper, Jeannette mangea sa balle. « Jeannette ! » s'exclama Bernard. La chèvre émit un petit rot satisfaisant.

Bernard sortit une nouvelle balle. Il frappa. La balle s'envola, mais au lieu de suivre une trajectoire droite, elle rebondit sur le chapeau d'un champignon rose géant, fit une double pirouette, atterrit sur un champignon plus petit qui, sous le choc, éclata en mille paillettes irisées, puis la balle roula jusqu'au bord de l'étang et y plongea avec un petit "plouf !".

« Oh, et puis zut ! » grogna Bernard.

Au deuxième trou, un coup en montée. Bernard tenta un coup puissant. La balle rata le green, rebondit sur une rangée de champignons, puis, sous l'effet combiné du terrain vallonné et des rebonds étranges, elle commença à rouler... en arrière. Elle dévala la pente, passa entre les jambes de Bernard qui restait bouche bée, et revint se positionner exactement sur le tee de départ.

Jeannette, la chèvre, applaudit avec ses sabots.

Bernard, maintenant couvert de sueur et de petites particules de champignons pailletées, arriva au trou numéro 5. Le trou était situé juste derrière un immense champignon rose en forme de soucoupe volante. Bernard, désespéré, décida de tenter un coup risqué : il viserait le sommet du champignon, espérant que la balle glisserait de l'autre côté.

Il frappa. La balle s'éleva, mais au lieu de glisser, elle s'enfonça à moitié dans le chapeau moelleux du champignon. Elle y resta bloquée, comme un bouton de porte sur une éponge géante. Bernard et Jeannette attendirent. Et attendirent.

Soudain, le champignon se mit à vibrer. Lentement, très lentement, il commença à se soulever, révélant sous son chapeau... une petite colonie de gnomes jardiniers qui y vivaient. L'un d'eux, avec une barbe blanche et des lunettes minuscules, leva les yeux vers Bernard, la balle toujours encastrée dans son plafond.

« Excusez-moi, Monsieur, » dit le gnome d'une voix grinçante. « Il semblerait que vous ayez percé notre toiture. Et en plus, c'est notre heure de sieste. »

Bernard, les bras ballants, regarda le gnome, puis la balle, puis Jeannette qui bêlait en riant. Il comprit alors que ce terrain n'était pas fait pour être joué selon les règles. Il était fait pour être vécu. Il abandonna son club, prit Jeannette dans ses bras, et ensemble, ils partirent explorer les recoins du Mycélium Magique, se perdant avec joie dans l'absurdité du moment. Le golf n'avait jamais été aussi imprévisible.



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