La Grande Rébellion des Chariots de Gontrand : L'Époque du Glissement Fou
La Grande Rébellion des Chariots de Gontrand : L'Époque du Glissement Fou
Après des décennies de coups, de frottements contre les voitures, d'être laissés sous la pluie, et d'être poussés par des clients indifférents, les chariots de magasinage de "Chez Gontrand" en ont eu assez. L'énergie absurde du magasin, le stress des cadres de porte, et les chants des Rrrrrrr! de l'A.A.R. avaient donné naissance à une nouvelle forme de conscience : la Rage du Chariot.
Kevin et moi étions de retour (nous avions besoin d'un nouveau rouleau de ruban adhésif pour fixer la dernière "révélation" de notre Pain Ézéchiel). Nous nous sommes approchés de l'entrée où les chariots étaient empilés.
Au lieu de rester immobiles, les chariots vibraient légèrement. On entendait des petits cliquetis métalliques qui sonnaient comme des grognements.
Soudain, le premier chariot, un vieux modèle rouillé avec une roue qui grinçait, s'est détaché de la pile. Il a pointé ses poignées vers l'intérieur du magasin et a foncé à une vitesse inouïe.
* Le Glissement Fou : Le chariot a glissé sur les Fissures Vengeresses du plancher (qu'il semblait maîtriser parfaitement), évitant les carreaux qui trébuchaient. Il fonçait droit, puis faisait des virages serrés, frôlant les rayons, défiant la physique. Il était en Fury.
* L'Attaque du Caddie Cible : Le chariot en furie a pris pour cible un client qui portait des écouteurs et dansait au rayon des légumes. Il l'a percuté par l'arrière, faisant s'envoler les carottes, les choux et un sac de fèves (l'Élément Vent !). Le client s'est retrouvé à rouler avec son caddie vide, un nouveau participant à la Ligue des Objets Lourdes et Glissants.
* La Vengeance des Roues : D'autres chariots ont suivi. Ils ont formé une véritable armée de métal roulant. Certains, avec des roues bloquées (qui faisaient d'habitude des bruits insupportables), roulaient maintenant en ligne droite, leurs roues grinçantes émettant un chant de guerre. D'autres, avec des roues folles qui partaient dans tous les sens, dansaient un ballet de la destruction.
Gontrand est apparu, le visage blanc. Il avait vu le carnage.
— Non ! Pas les chariots ! C'est la rébellion des outils du consumérisme !
Maurice, le Commis en Folie (qui tentait de coller des étiquettes de "PRIX DU CHARIOT LIBRE : 0$" sur les chariots), a été emporté par un groupe de chariots déchaînés. Il a hurlé, ses lunettes de carton s'envolant.
— Les cadres sont en colère ! C'est une manifestation anti-caddies !
Kevin et moi avons tenté de raisonner les chariots. J'ai essayé de leur chanter "Les Beaux Cocos". Les chariots ont ralenti un instant, puis ont accéléré, comme s'ils trouvaient la musique insultante.
Soudain, une voix rauque s'est fait entendre. C'était le Client Mystère Q-R, assis tranquillement dans un chariot, le fût de bière miniature à la main. Il portait un casque de football américain, mais il avait ajouté des petites cornes en carton.
— Clic-clac. a-t-il dit, d'une voix résonnante. Ils ont trop souffert. Le frottement contre les voitures... les pluies acides... les enfants qui montent dedans sans payer. Leur colère est justifiée. Mais leur rage est inappropriée pour le rayon des cornichons.
Q-R a alors sorti un petit sifflet et a sifflé une mélodie étrange. Les chariots, comme hypnotisés, ont commencé à se ranger en ligne, mais leurs roues continuaient de vibrer, et ils grognaient doucement.
Le magasin était dévasté, mais les chariots étaient sous un contrôle temporaire. Gontrand, en larmes, a dû commander de nouveaux chariots, mais cette fois-ci, il a insisté pour des modèles avec des roues silencieuses et des coussins d'air.
La Grande Rébellion des Chariots de Gontrand est devenue une légende. Et maintenant, quand un client pousse un chariot, il le fait avec un respect mêlé de terreur.
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