La Patinoire Gravitationnelle du Mystère

La Patinoire Gravitationnelle du Mystère

Après leur échec retentissant avec les "Haricots Volants" et les frères Hanson, Kevin et moi avions été transférés dans une ligue de garage encore plus obscure : la Ligue des Objets Lourdes et Glissants (LOLG).
Notre premier match se déroulait sur une patinoire connue sous le nom de "Le Miroir de l'Absolu". Dès que nous avons posé nos patins, nous avons compris que ce n'était pas de la glace normale. Elle était si lisse, si parfaitement glacée, qu'elle défiait les lois de la friction. C'était comme patiner sur une feuille d'huile de moteur.
— Mon Dieu, Kevin, j'ai dit en m'agrippant au banc. On dirait que la gravité a été mise en pause pour la glace seulement !
— Non seulement ça, a répondu Kevin, qui venait de glisser du banc et de traverser la patinoire sans effort jusqu'à l'autre bande, mais j'ai l'impression que la rondelle est lourde.
L'arbitre, un homme avec un air de savant fou, a lâché la rondelle. Elle n'était pas en caoutchouc. Elle était en fonte massive, peinte en noir mat. Elle devait peser au moins trois kilos.
Mais le plus étrange, c'est que cette rondelle en fonte glissait sur la glace aussi facilement qu'une rondelle d'air. Elle glissait, glissait, sans ralentir, obéissant uniquement à l'inertie et au mystère de la Patinoire Gravitationnelle.
Le match a commencé. C'était un ballet de l'échec et de la vitesse.
 * Le Patinage de Vitesse Involontaire : Chaque poussée des patins envoyait les joueurs à une vitesse supersonique vers les bandes. Les arrêts étaient impossibles. La tactique consistait à s'écraser sur la bande pour s'arrêter, puis à glisser lentement pour récupérer. Notre défenseur a passé toute la première période à faire des allers-retours entre les deux buts, incapable de ralentir.
 * Le Danger de la Rondelle : Frapper la rondelle avec la crosse était un acte de foi. Si on la touchait, la rondelle en fonte s'envolait à une vitesse insensée, menaçant la vie de l'équipe adverse (et parfois de la nôtre). Les joueurs la laissaient glisser, espérant qu'elle entre dans le but par pure inertie.
 * Le Gardien Désespéré : Le gardien adverse, essayant de s'ancrer au sol, avait attaché des parpaings à ses jambières. Quand une rondelle l'a touché, il n'a pas bougé, mais la force de l'impact l'a fait pivoter sur lui-même comme un tourniquet enragé.
À un moment, Kevin a réussi à donner un coup de crosse parfait à la rondelle. Elle a filé. Elle a traversé la patinoire, a frappé le poteau du but adverse avec un bruit de carillon, est revenue vers le centre, est remontée le long de la bande et est finalement revenue vers le cercle central, où elle a ralenti juste assez pour... entrer dans notre propre but !
L'arbitre a pointé le centre.
— BUT ! Autogoal gravitationnel ! Un point pour la Science Incomprise !
Kevin et moi nous sommes regardés, couverts de sueur (à cause de l'effort pour rester debout) et de perplexité. La Patinoire Gravitationnelle n'était pas une patinoire, c'était un laboratoire de physique absurde.
Depuis ce jour, nous savons qu'il existe des défis que même les haricots ne peuvent pas expliquer. Et nous préférons de loin patiner sur de la glace qui a le bon sens de générer de la friction.

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