Magnifique ! Les vacances en Acadie

La Chasse aux Vagues Disparues

Kevin et moi avions décidé que cette année, les vacances seraient spéciales. Direction l'Acadie, sur une plage reculée dont on disait que les couchers de soleil étaient si beaux qu'ils faisaient pleurer les mouettes. On avait loué un petit chalet, le sable était fin, l'air salin... tout était parfait.
Le premier matin, je me suis réveillé, plein d'entrain, prêt à affronter les vagues de l'Atlantique. J'ai couru vers la plage, Kevin sur mes talons. Mais en arrivant au bord de l'eau, quelque chose clochait. Vraiment clochait.
Il n'y avait pas de vagues.
Pas un petit clapotis, pas une ridule. L'océan était là, bleu, immense, mais lisse comme un miroir. On aurait dit que quelqu'un avait passé un fer à repasser géant sur l'eau.
— C'est... calme, a dit Kevin, d'un ton qui ne cachait pas sa perplexité.
— Calme ? ai-je rétorqué. C'est plus qu'un "calme", Kevin. On dirait que les vagues ont pris des vacances !
On a passé la journée à marcher le long de la plage, scrutant l'horizon. Pas la moindre trace d'une vague. Juste cette étendue d'eau immobile. C'était beau, oui, mais profondément... perturbant. Comment surfer sur un lac géant ? Comment faire des châteaux de sable sans l'écume des vagues ?
Le soir, on a interrogé un pêcheur local, un vieil Acadien aux yeux rieurs et à la pipe fumante, assis sur son bateau échoué.
— Les vagues ? a-t-il dit en aspirant une bouffée de fumée. Ah, les vagues... C'est à cause de Madame Léger.
— Madame Léger ?
— Oui, Madame Léger, a-t-il expliqué d'un air grave. Elle a déménagé le mois dernier. Elle était la gardienne des vagues. Quand elle était de bonne humeur, on avait des rouleaux parfaits. Quand elle était fâchée, la mer était houleuse. Mais quand elle déménage... eh bien, les vagues déménagent aussi, n'est-ce pas ?
On n'en revenait pas. La mer était calme parce qu'une vieille dame avait déménagé !
Le lendemain, on a décidé de partir à la recherche de Madame Léger. On a demandé à tout le monde. On a finalement trouvé sa nouvelle maison, une petite cabane bleue perchée sur une colline à des kilomètres de la mer, au milieu d'un champ de patates.
On a frappé à sa porte. Une petite femme menue, avec un chignon serré et un tablier à fleurs, nous a ouvert.
— Bonjour, messieurs, a-t-elle dit, le regard perçant. Vous venez pour les vagues, n'est-ce pas ?
Kevin et moi avons acquiescé, bouche bée.
— Eh bien, a-t-elle soupiré, je les ai mises dans mon jardin, temporairement. Les petites vagues sont dans le potager, elles aident les carottes à pousser. Les grandes, elles sont dans le bassin aux canards, pour leur faire de l'exercice.
Elle nous a montré son jardin. Et là, au milieu des légumes, de petites ondulations flottaient dans l'air, comme des créatures invisibles mais palpables. Dans le bassin, de véritables rouleaux miniatures faisaient faire des pirouettes aux canards, qui semblaient s'amuser follement.
— Je les ramènerai à la mer quand j'aurai fini de repasser mes serviettes de plage, a-t-elle conclu. Faut pas les abîmer, vous savez.
On est repartis, plus perturbés que jamais, mais aussi un peu émerveillés. Nos vacances spéciales étaient devenues une quête pour le retour des vagues. Le soir même, on a vu Madame Léger, avec un fer à repasser géant, en train de lisser l'océan, les vagues miniatures dans son panier à linge.
C'est là qu'on a compris : en Acadie, même l'absurde est un art de vivres.

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