La Pierre Absolue du Curling Synchronisé
La Pierre Absolue du Curling Synchronisé
Le vent glacial mordait les joues des spectateurs agglutinés autour de la patinoire de curling de Pétaouchnok-sur-Glacier. Ce n'était pas n'importe quel match ; c'était la finale du Championnat Mondial Absurde de Curling Synchronisé et Poétique. Les règles étaient simples : non seulement il fallait placer la pierre au plus près du centre, mais aussi balayer la glace en rythme avec un poème récité en simultané, et le tout, en dansant le tango.
L'équipe française, "Les Balayeurs de Rimes", était en difficulté. Leur capitaine, Jean-Pierre "Le Poète Frigorifié" Dubois, avait le visage figé par la concentration. Leur adversaire, l'équipe mongole "Les Steppes Glissantes", venait de placer une pierre nommée "Le Vent des Trois Hivers" avec une élégance redoutable, tout en récitant un haïku sur la solitude des yaks.
C'était au tour de Jean-Pierre. La foule retenait son souffle. Le score était serré. S'il ratait ce coup, ils perdraient non seulement le trophée, mais aussi le droit de chanter la Marseillaise en canon inversé pendant la cérémonie de clôture.
"Notre pierre," annonça Jean-Pierre d'une voix tremblante, "s'appellera... 'Le Soupir d'une Tarte Tatin qui ne sera jamais mangée'."
Son équipe, formée de Simone la Balayeuse-Étoile et Gaston le Troisième Balayeur-Philosophe, hocha la tête avec gravité.
Jean-Pierre poussa la pierre. Elle glissa, hésitante.
Simone et Gaston se mirent à balayer furieusement, entrant dans un tango improvisé sur la glace. Leurs corps s'entremêlaient, leurs pas de côté frôlant l'abîme glissant.
Simultanément, Jean-Pierre commença à déclamer, le regard fixé sur la pierre qui tournait lentement :
"Ô, Soupir de tarte en croûte dorée,
Que nul couteau jamais ne touchera.
Ta pomme fond, ta cannelle s'égare,
Sur ce chemin de glace, tu t'envole, pare...
D'une mélancolie sucrée et rare."
La pierre ralentit. Elle se dirigeait dangereusement vers le bord de la zone, loin du "Bouton" central.
"Plus de passion, Gaston ! Plus d'émotion dans tes balayages ! Pense à la tarte, Gaston !" cria Simone, tout en pivotant pour une pirouette inattendue.
Gaston, pris d'une inspiration soudaine, jeta son balai de curling et se mit à genoux, les mains tendues vers la pierre, comme un suppliant.
"NON ! Ne me quitte pas, Tarte Tatin ! Reste ! Pour l'amour de la pomme caramélisée !" s'écria-t-il, les yeux fermés.
Étonnamment, sous l'effet de cette "prière balayée" émotionnelle, la pierre changea de trajectoire. Elle commença à dévier vers le centre, glissant sur les fines larmes de Gaston qui avaient (miraculeusement) modifié la texture de la glace.
La foule haletait. L'arbitre, un homme stoïque en kilt qui tenait un chronomètre et une théière, laissa échapper une larme de son œil gauche.
La pierre "Le Soupir d'une Tarte Tatin qui ne sera jamais mangée" s'arrêta. Juste au centre. Parfaitement au centre.
Jean-Pierre, Simone et Gaston se regardèrent, puis s'effondrèrent en larmes de joie, oubliant le tango pour une valse improvisée.
L'arbitre, après avoir essuyé sa larme, annonça : "Point ! Victoire des Balayeurs de Rimes ! Et Monsieur Gaston... votre acte de dévotion culinaire... est un nouveau record mondial de 'Balayage Spirituel Non-Conventionnel' !"
Le stade explosa de joie, et les trois vainqueurs se mirent à chanter la Marseillaise à l'envers, comme promis, en préparant mentalement la recette d'une tarte tatin qui, cette fois, serait bel et bien mangée.

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