La Quête Absurde du Caddie Perdu

 La Quête Absurde du Caddie Perdu

Le Centre Commercial "Les Galeries de l'Attente Éternelle" était un lieu où le temps s'étirait comme un chewing-gum sous une semelle. Monsieur Firmin (80 ans, chapeau mou, obsédé par l'étiquette "100% Coton"), s'y était aventuré dans une mission cruciale : retrouver le caddie n°42, un caddie mythique réputé pour avoir des roues qui fonctionnaient toutes en même temps.

Il marchait à travers l'allée centrale, baptisée "Le Boulevard des Décisions Reportées", où les enseignes clignotaient des messages contradictoires :

LIQUIDEZ TOUT ! SAUF CE QUI EST UTILE !

FERMÉ ! VENEZ DEMAIN ENTRE 3H00 ET 3H02 DU MATIN !

Firmin s'arrêta devant le stand de "La Vente de Chaussettes pour Mains". La vendeuse, une dame aux lunettes en spirale nommée Clotilde, le regarda avec une intensité folle.

"Cherchez-vous l'urgence, Monsieur ? Nous avons un stock limité de serviettes de bain pour porte-monnaie ! Une aubaine indispensable !"

"Non, Madame," répondit Firmin, poliment mais fermement. "Je cherche le caddie 42. Il a des poignées en bois de poirier et une légère tendance à s'exprimer en patois breton quand il pleut."

Clotilde écarquilla les yeux. "Ah ! Le 42 ! On dit qu'il a été vu pour la dernière fois près de la Zone des Essais de Miroirs Oubliés ! Mais attention ! Pour y aller, il vous faut un Permis de Marcher à Contresens !"

Firmin sortit de sa poche un document officiel (écrit au crayon de couleur) et le tendit. Clotilde le valida en y tamponnant le mot "PEUT-ÊTRE".

Il se dirigea vers la Zone des Miroirs. Le danger n'était pas les voleurs, mais les 'Flâneurs Professionnels' qui s'arrêtaient soudainement pour réfléchir à haute voix à la pertinence des cornichons géants.

Soudain, il entendit un son. Un léger grincement mélancolique, suivi d'une phrase murmurée.

"Ah, la pluie, il va falloir penser à la récolte de goémon..."

C'était lui ! Le caddie 42 !

Il le trouva juste à côté du rayon "Produits dont vous n'avez pas besoin avant trois vies futures", rempli d'objets inutiles : un sifflet pour poissons, une montre qui ne donne que l'heure du déjeuner, et un paquet de chewing-gums déjà mâchés.

Un homme mince, l'air coupable, était en train de remplir le caddie avec des bouteilles de jus d'orange saveur oignon.

"Monsieur !" s'exclama Firmin. "C'est mon caddie. Le n°42."

L'homme sourit nerveusement. "Ah... je l'ai trouvé près du rayon des 'Choses qui ne vous regardent pas'. Il était libre, non ?"

Firmin pointa du doigt un panneau au-dessus d'eux, qui disait : TOUT CE QUI EST LIBRE EST OBLIGATOIRE À PRENDRE.

"Je vois le dilemme," dit Firmin. "Nous sommes soumis aux règles du Centre. Mais j'ai besoin de ce caddie pour acheter... une ampoule de rechange pour un phare désaffecté."

L'homme, visiblement ému par la noblesse et l'inutilité de la mission de Firmin, recula.

"Prenez-le, Monsieur. Vous le méritez. Mais faites attention à la Sécurité des Rayons Vides ; ils n'aiment pas l'activité dans leur zone."

Firmin récupéra son caddie, le 42 glissant parfaitement. Il le poussa avec un sentiment de triomphe absurde. Le caddie lui chuchota à l'oreille : "Et n'oubliez pas d'acheter une serpillère pour le fond de la mer, si ça vous chante."

La mission pouvait commencer.



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