La Valse Hésitante des Merguez Intrigantes
La Valse Hésitante des Merguez Intrigantes
Jeune Gustave, fraîchement sorti de l'école de boucherie "Le Couteau Philosophe", était plein d'ardeur. Son premier jour à la "Boucherie du Réel Approximatif" était censé être un baptême du feu et de la viande, mais il se révéla être une immersion dans l'absurde.
Son patron, Monsieur Armand, était un homme dont le tablier blanc était toujours immaculé, malgré les hectolitres de sang qui passaient par sa boutique chaque jour. Il avait la particularité de ne parler qu'en alexandrins et de ne rire que quand un client demandait du "bacon de tofu".
"Gustave, mon enfant, voici ta première tâche," déclama Armand, désignant un étal où reposaient des merguez. "Ces merguez, tu les couperas en spirales. Pas pour les vendre, non. Pour qu'elles puissent méditer sur leur forme passée."
Gustave, perplexe, saisit un couteau. Il s'approcha des merguez, qui semblaient le regarder avec une certaine suffisance.
La première merguez qu'il tenta de couper se tortilla, évitant sa lame. Gustave cligna des yeux. Avait-il rêvé ?
La deuxième merguez, à son contact, se mit à chanter une mélodie douce et mélancolique, une sorte de blues de la saucisse.
"Mais... Monsieur Armand," balbutia Gustave, "les merguez... elles sont vivantes ?"
Monsieur Armand laissa échapper son rire "bacon de tofu", un son aigu et bref. "Vivantes, tu dis ? Elles sont surtout très... conceptuelles, Gustave. Elles ont une conscience de leur destin. La boucherie, ici, est une forme d'art existentiel."
Gustave reprit sa tâche, le cœur battant. Chaque fois qu'il s'apprêtait à couper, la merguez choisie s'animait.
L'une d'elles se mit à pleurer de la moutarde douce.
Une autre, une fois coupée en spirale, commença à tourner sur elle-même sur l'étal, comme une petite toupie de viande, en sifflotant l'Internationale.
Un client entra, Madame Pamplemousse, connue pour ne demander que du "foie de canard qui n'a jamais vu de canard".
"Bonjour Monsieur Armand ! Un peu de ma commande habituelle, s'il vous plaît. Et... oh ! Qui est ce jeune homme qui semble avoir une conversation profonde avec une merguez ?"
Monsieur Armand sourit. "C'est Gustave, notre nouvel apprenti. Il apprend l'art subtil de la négociation métaphysique avec la charcuterie."
Madame Pamplemousse, habituée aux excentricités de la boucherie, hocha la tête. "Je comprends. Les boudins noirs sont particulièrement têtus, n'est-ce pas ? La dernière fois, le mien a refusé de sortir du congélateur avant d'avoir lu toute l'œuvre de Camus."
Gustave était à bout. Ses merguez en spirale étaient toutes en train de méditer, certaines en position du lotus, d'autres en chantant des hymnes. Il n'avait pas réussi à en faire une seule qui reste simplement statique.
"Monsieur Armand," dit Gustave, les yeux levés au ciel, "je crois que je ne suis pas fait pour la boucherie. Mes merguez préfèrent la philosophie à la cuisson."
Armand posa une main sur l'épaule de Gustave. "Mon cher enfant, tu as tout compris. La véritable boucherie n'est pas de couper la viande, mais de comprendre son âme. Et si cette âme préfère la spiritualité à l'assiette, alors ton rôle est d'être son gardien. Tu seras notre Boucher-Maître de Cérémonie pour les Viandes en Quête de Sens."
Gustave regarda l'étal. Les merguez méditantes semblaient lui sourire. C'était un début de carrière bien plus étrange qu'il ne l'avait imaginé, mais la joie d'avoir compris l'absurdité du monde de la viande le submergea.

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